Aigüe, assoir, connaitre, nénufar, ognon, millepatte… ces graphies modernes — et inusitées aux yeux de la plupart d’entre nous! — sont conformes aux rectifications orthographiques proposées en 1990 par le Conseil supérieur de la langue française (en France). Dans quel but? Éliminer certaines anomalies de notre belle langue, favoriser une écriture plus cohérente dans son ensemble et mieux correspondre à la prononciation usuelle (en enlevant le i inutile dans le mot oignon, par exemple). Curieux d’en savoir plus? Je vous propose ici un tour d’horizon en 3 questions sur la nouvelle orthographe.

 

1 Combien de mots sont touchés par la nouvelle orthographe?

D’emblée, il faut préciser que les rectifications orthographiques ne constituent pas une réforme de l’écriture. En effet, seulement quelque 5000 mots sont touchés par les nouvelles règles de l’orthographe; il ne s’agit donc pas d’une refonte majeure. On estime d’ailleurs qu’une page de texte contient en moyenne un seul mot ayant fait l’objet d’une rectification.

 

2 Quelles sont les règles de la nouvelle orthographe?

Les rectifications orthographiques concernent notamment les soudures, le singulier et le pluriel de certains mots ainsi que les accents. En voici quelques exemples :

  • Le trait d’union cède la place à la soudure dans les mots formés avec certains préfixes, dont contre — le e disparaît devant une voyelle. Ex. : contrindiqué, contrecourant, contrattaque, contrespionnage.
  • Dans un nom composé formé d’un verbe et d’un nom, le pluriel s’applique au 2élément si et seulement si le mot est au pluriel, et ce, peu importe le sens de ce 2e élément. Ex. : un presse-fruit (au singulier, même si l’on presse plusieurs fruits), des presse-fruits.
  • Au futur et au conditionnel, le é des verbes tels que céder et libérer se transforme en è devant les syllabes contenant un e. Ex. : je cèderai, il libèrera. La règle traditionnelle consiste (pour les verbes réguliers) à conserver l’infinitif et à y ajouter la terminaison appropriée. Ex. : céder + ai = je céderai, ce qui tranche à la fois avec je cède et avec la prononciation habituelle.
  • L’accent circonflexe disparaît sur les lettres i et u. Ex. : boite, connaitre, brulure, piqure. On le conserve toutefois lorsqu’il permet d’établir une distinction entre 2 mots. Ex. : sur/sûr et jeune/jeûne.
  • Les mots de même famille sont harmonisés. Ex. : combattivité (sur le modèle de combattre). Lorsque 2 graphies sont possibles, on privilégie celle qui répond à cette règle. Ex. : charriot au lieu de chariot, pour correspondre à charrue.

Pour connaître toutes les règles de la nouvelle orthographe, consultez le nouvelleorthographe.info. La Banque de dépannage linguistique de l’OQLF propose également une foule de fiches explicatives à ce sujet.

Un cheval… des chevals?

Les rectifications orthographiques ont entraîné leur lot de questionnements et de rumeurs en tous genres. Ainsi, d’aucuns se plaisent à répéter qu’il est désormais permis de dire « des chevals ». Fausse rumeur — pour le moins tenace! Au pluriel, chevaux persiste et signe! En effet, la nouvelle orthographe touche uniquement le pluriel des noms composés et des mots étrangers… et cheval n’appartient à aucune de ces catégories!

Un nénufar… un éléfant?

Nénufar en a certes surpris plus d’un — moi la première! Or, rassurez-vous, c’est le seul mot dont les lettres ph ont été remplacées par un f. Pourquoi? On a en fait cherché à réparer une erreur humaine : croyez-le ou non, jusqu’en 1935, nénufar, qui provient de l’arabe, s’écrivait bel et bien avec un f! Que s’est-il donc passé en 1935? On a pensé que ce mot était d’origine grecque, et nénuphar est entré dans le Dictionnaire de l’Académie française. Le mot éléphant conserve donc sa forme originale, tout comme cacophonie, dauphin, nymphe… et orthographe!

 

3 Quelle orthographe faut-il utiliser?

La nouvelle orthographe remplace-t-elle nos règles d’écriture traditionnelles? Oui et non! En fait, il est recommandé d’appliquer les rectifications orthographiques et d’opter pour les graphies les plus modernes. Toutefois, les 2 orthographes sont acceptées par l’Office québécois de la langue française (OQLF), qui estime qu’aucune d’elles ne devrait être considérée comme fautive. Personnellement, j’avoue avoir une tendance réfractaire devant certains des changements proposés — oui, ognon me fait toujours sourciller!

 

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